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rock&folk

1996

Festival des Inrockuptibles

10 Novembre, La Cigale (Paris)

Les Eels ont sortis un des meilleurs disque de l'année 96. Et voilà qu'ils investissent La Cigale, invités vedettes du festival des concurrents de la maison d'en face qui a dix ans. Enfin, vedettes, ils refusent le titre et la fonction, insistant de jouer avant Placebo, groupe qu'on aura oublié dans deux ans. Ce qui n'est pas le cas de Eels. Le public est venu pour eux. On sent l'énorme truc en devenir, tout en espérant que cela ne se produise pas, pour pouvoir garder le groupe pour nous, égoïstes que nous sommes. Tout l'album y passe, E alternant guitare et piano électrique saturé au son évoquant les Doors. Tommy (basse et cor français -- ce truc cher à John Entwistle) et Butch (batterie artisanale -- dont il joue parfois à mains nues comme John Bonham) assurent des choeurs parfaits. A quoi pensent au fur et à mesure que les morceaux défilent? Au Velvet, pour la voix et les arpèges de guitare sur "My beloved monster". Aux Buzzcocks sur "Mental", pour la mélodie tapissée de guitare nerveuse. A Neil Young cité sur "Novocaine" ("I'm a lot like you"). A Prince, qu'ils reprennent. A Lennon, pour la voix, parfois, et à Cobain, évidemment. Les chansons de E sont tellement bonnes, mélodiques, ce qui est leur meilleure chance de survie avec leurs paroles torturées mais justes, qu'elles vont faire de lui le prochain porte-drapeau de la jeunesse qui va mal. Tout ça fait penser à Nirvana en moins hardcore, mais le style n'est qu'un détail. Les Eels sont en bas de l'escalier qui mène au statut qu'avait le groupe de Cobain. Il ne leur reste qu'à monter. Le veulent-ils?

Stan Cuesta

Chronique Disques

Eels, "Beautiful Freak"

Autant l'avouer, c'est les pieds un peu trainant sur le bitume de Sunset Boulevard qu'on avait suivi les conseils de notre camarade au parfum. Ce soir là au Viper Room se produisait The Eels, première signature de Dreamworks, le label multimedia de David Geffen et Steven Spielberg. Que pouvait on attendre d'un label crée par trois nanabs de l'industrie des loisirs, si ce n'est quelques groupes de garçons coiffeurs aux chansons calibrées FM? Dès le premier morceau, "Novocaine for the Soul", on ravale notre cynisme ranchouillard. Après le futur tube "Rags to Rags" puis le bizarre et génial "Mental", on se rappelle qu'avant de nous lobotomiser avec ses dinosaures Spielberg fut l'auteur de Duel. Le chanteur et compositeur du groupe (sobrement appelé "E"), petit et frêle, barbu et caché derrière d'épaisses lunettes triple foyer, ressemble à un Woody Allen hisurte qui aurait troqué sa clarinette pour une Telecaster. On reste immobile tout au long du set, planté devant la scène, fasciné par la beauté des chansons, l'originalité des breaks et l'évident plaisir de jouer du groupe. Butch, le batteur aux allures de pilier écossais, caresse ses fûts avec la paume des mains avant de marteler tout ce qui bouge comme un damné. A la basse, le grand blond Tommy la joue félin et chaloupé, tandis que E décline les couplets cinglés de "Susan's House" ("There's a crazy old woman smashing bottles on the sidewalk where her house burned down two years ago/ People say that back then she wasn't that crazy/ Going over to Susan's House, Can't be alone tonite"...), une des perles du disque. En écoutant l'album CD, mêmes sensations de chaleur et d'inspiration. Produit par les Dust Brothers (le dernier Beck), "Beautiful Freak" (premier album de ce trio angeleno encore inconnu il y a trois semaines) s'avère un disque indispensable. Et ce n'est pas une chanson anecdotique comme "Guest List" qui fera rater sa quatrième étoile au noble établissement du gars E. L'album de Eels sort chez nous le 10 septembre.

David Angevin

 

 

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